Né en Belgique en 1970, Olivier Papegnies devient photojournaliste en 1997.

Biographie

Fous d'amour

Amour, sexualité et handicap mental: accoler ces trois mots, c'est en quelque sorte additionner les tabous.

On parle beaucoup de liberté sexuelle. On parle beaucoup d’intégration des personnes handicapées. Mais dès qu’on met en lien sexe et handicap, il y a comme une gêne, un léger silence, voire un vrai malaise. Valides et non-valides bénéficient aujourd'hui, en tout cas sur papier, quasi des mêmes droits. Ils ont accès au travail, aux loisirs, aux sports. Mais qu'en est-il de l'ouverture à la vie affective et à la sexualité? Face aux personnes porteuses d'un handicap mental, la question est sans doute encore plus délicate: comment décrypter les besoins et les envies de quelqu'un qui n'a pas forcément, ou très peu, accès au langage?

En Belgique, cette problématique est prise en considération depuis plusieurs années: Certaines institutions autorisent les personnes à vivre une vie de couple comme “La Maisonnée” à Ittre. Celle-ci défend haut et fort la reconnaissance des droits à une vie affective et sexuelle pour ses résidents. Ce n’était pas un combat gagné d’avance. Il y a près de 40 ans, les medias s’en étaient indignés, allant jusqu’à titrer que “La Maisonnée” avait créé “un bordel pour handicaps”.

Aujourd’hui, de nombreux couples y vivent une vie affective et sexuelle équilibrée et surtout équilibrante. Cela fait 6 ans qu’Olivier Papegnies collabore avec les “Special Olympics”, acteur de référence en matière d'accompagnement des personnes handicapées mentales dans la pratique du sport. Il a eu l'occasion de passer beaucoup de temps à photographier ces athlètes hors du commun. Lors de ces nombreuses rencontres, il s’est rendu compte que ces personnes aspiraient aussi à une vie amoureuse et relationnelle normale. Surpris par le décalage entre la simplicité avec laquelle ces couples en parlent et le malaise que cela peut créer autour d'elles, lui a donné envie de donner la parole à ces personnes handicapées mentales et de faire tomber les barrières d'un univers encore largement méconnu.

C’est en novembre 2011, qu’il rencontre Nathalie et Bernard, Marianne et Olivier, Anne et Pierre. Tous vivent en couple dans leur propre studio au centre résidentiel “La Maisonnée”. Ils ont accepté, pendant plusieurs mois, d’ouvrir les portes de leur quotidien pour raconter leur histoire d’Amour.

En couple depuis sept ans, Nathalie et Bernard vivent un amour fusionnel. Ils s’embrassent, s’enlassent et se caressent à longueurs de journée en se chuchotant “je t’aime mon Chéri” “je t’aime mon p’tit Coeur”. Lorsque Bernard est malade, le monde de Nathalie s’écroule.

Marianne et Olivier se connaissent depuis longtemps. Ils partageaient déjà un studio avant de décider d’officialiser leur relation. Ils ont fêté leurs accordailles (mariage) le 15 septembre 2012. Marianne est très heureuse d’avoir rencontré Olivier. Il a du respect pour elle, ce dont elle a toujours manqué.

Anne et Pierre forment un couple mystérieux et mélancoliques. je t’aime moi non plus. Des fois, comme dit Pierre, Anne “tronche”, elle pense à sa mère dont elle a bien du mal de se séparer. Pierre, contraint de faire le clown, se cache dans l’armoire de leur chambre, histoire de la surprendre encore. Et c’est reparti, ils s’aiment comme au début. Mais il y a aussi l’histoire de Gabriel. Il aura bientôt quatre ans. Ses parents ont tous les deux une déficience mentale. A son âge, il ne réalise pas encore que ses parents ne sont pas tout à fait comme les autres. Malgré leur handicap mental, Florine et Thierry sont des parents attentifs et aimants.

Lorsqu’Olivier Papegnies a réalisé ce travail, une complicité naturelle s’est installée. Plus le travail évoluait, plus les couples l’oubliaient. Faisant partie de leur vie quotidienne, il a dû parfois, se retirer discrètement et respecter ainsi leur intimité. L’envie lui est venue de confronter sa vision de photographe à celle des personnes concernées. Il leurs a donc demander de légender leur propre photographie. Au fur et à mesure de leurs rencontres, elles interprétaient, avec leurs propres mots, les images qu’il leurs montrait.