Né en Belgique en 1970, Olivier Papegnies devient photojournaliste en 1997.

Biographie

Géorgie: sur le parcours d'un usager de drogue responsable

En Géorgie, la consommation et le trafic de drogues sont considérés comme un grave délit par la loi géorgienne et punis par une amende, des jours de travail social ou des jours de prison.

Les usagers se cachent par peur du harcèlement policier, ont peu accès à l’information sur les risques de transmission de l’hépatite C et prennent des risques en utilisant des seringues échangées ou réutilisées.

Lors d'un déplacement en outreach « à l’extérieur » avec les équipes de Médecins du Monde à Tblissi pour distribuer du matériel stérile d'injection à certains usagers de drogues, nous faisons la rencontre de Jano et Zvihad.

Zvihad a 33 ans, il s’injecte de le la drogue artisanale depuis l’âge de 15 ans. Aujourd’hui, chez Jano, un vendeur de journaux, Zvihad y prépare sa “cuisine”, durant lequel il prépare un stimulant artisanal appelé vint . « Avant je prenais du subutex, de l’héroïne mais maintenant je prends des stimulants. Je ne fais pas grand-chose de mes journées, je cuisine la drogue ou je sors dehors avec mes amis ». Zvihad a eu la chance de renconter Pataa, un travailleur pair qui vit dans le même quartier que le sien. Les éducateurs pairs travaillent directement avec les usagers qu’ils accompagnent et suivent tout au long de leur parcours. Ils sont à l’écoute des besoins médicaux et sociaux des usagers, leur distribuent du matériel stérile, les informent sur les utilisations les plus appropriées. Ils en profitent pour diffuser de messages de prévention sur les risques de transmission des maladies infectieuses, les informer sur leurs droits, leur présenter l’offre de soins du DIC (consultations dentaires, dépistage, fibroscan…), les services d’autres structures de santé, les formes de traitements disponibles… Les travailleurs pairs déconstruisent les rumeurs et préjugés courants dans les milieux des usagers et les aident à construire des solutions aux différents problèmes sociaux et médicaux qui les affectent. « Depuis qu’un travailleur pair m’accompagne, je me sens plus en sécurité. Si j’ai un problème, je peux l’ appeler. Je sais qu’ils est là pour me conseiller, m’écouter et m’aider. J’ai appris bcp de choses auprès de lui : comment les maladies se transmettent, comment me protéger… C’est important d’être en contact avec les travailleurs pairs. Je ne fais pas confiance à tout le monde : eux je les connais, je leur fait confiance. Si je leur explique mes doutes, mes peurs, mes pratiques, ils me comprennent. Si je leur parle, ils ne se serviront pas de ça contre moi. J’ai déjà été arrêté plusieurs fois. La dernière fois j’ai appelé des travailleurs pairs. Ils sont venus me voir au commissariat avec un avocat : la police m’a relâché sans que j’ai à faire de contrôles d’urine. Ils me conseillent médicalement mais aussi juridiquement. Ils sont un soutien essentiel.. Les travailleurs pairs sont les seuls sur qui je peux compter » Zvihad se rend régulièrement au DIC ( centre d’accueil mis en place par MdM et New Vector, une association locale, pour soutenir les usagers de drogues). « On m’aide beaucoup ici : je me suis fait dépister, soigner les dents, j’ai bénéficié du fibroscan. C’est au cours d’un dépistage au centre, que j’ai appris que j’avais l’hépatite C. J’ai une fibrose F2 (deuxième stade) , j’espère que je pourrais être bientôt traité. Pour l’instant, l’hépatite C ne me pose pas de problèmes mais je sais que très vite ça pourra m’empêcher de vivre normalement. Rien ne vaut la santé dans la vie. Quand je serai guéri je pourrai travailler : j’ai envie d’être gardien ». La Géorgie a lancé depuis mai 2015 un plan national d’élimination contre l’Hépatite C. 70% des usagers de drogues sont porteurs de la maladie dans le pays.