Frédéric Pauwels est un photographe belge né en 1974.

Biographie

La Somme: entre cratères et cimetières

Avec 1,2 million de morts, blessés et disparus, la bataille de la Somme marque l'affrontement le plus sanglant de la Grande Guerre

Il est 7h30, en ce 1er juillet 2016, quand les sifflets des gradés résonnent sur la plaine picarde. Ainsi débute par cette journée ensoleillée la bataille de la Somme. Cinq mois plus tard, le 18 novembre, seul une dizaine de kilomètres auront été gagnés sur les lignes allemandes.

La mémoire collective des Français n'a pas gardé un souvenir de la bataille de la Somme aussi important que celles des Britanniques, des Canadiens, des Australiens et des Néo-Zélandais. Le 1er juillet est une journée de commémoration sur les principaux lieux de mémoire du Commonwealth dans le département de la Somme, de même que l'ANZAC Day, le 25 avril. Chaque halte dans la Somme est l'occasion de mieux comprendre l'héritage de 14-18, grâce à des passeurs de mémoire qui habitent ces lieux et cultivent une relation particulière avec leur histoire.

En hommage à ceux tombés au champ d'honneur, Claudie Llewellyn et son association des Amis de l'îlot souhaite préserver et valoriser un patrimoine unique de la Première Guerre mondiale : l’ilot de la Boisselle, théâtre de nombreuses offensives, ainsi que d'une intense guerre des mines dont la dizaine de cratères, toujours visibles aujourd'hui, témoignent de la férocité des combats qui s'y déroulèrent. Plusieurs centaines de soldats y perdirent la vie. Certains, dont les corps ne furent jamais retrouvés, y reposent encore. Les soldats français qui furent affectés dans ce secteur du front le surnommèrent l'îlot. Les troupes allemandes lui donnèrent le nom de « Granathof », tandis que les Britanniques le baptisèrent le « Glory Hole ». Aujourd’hui, une ombre plane sur leur projet de mémoire, les bénévoles des amis de l’ilot de la Boisselle n’ont pas obtenu le statut d’association reconnue d’intérêt général et les services fiscaux leur rappellent qu’ils n’ont pas la possibilité de délivrer des reçus fiscaux. Mais une menace plus grave risque de considérer l’association comme une société à but lucratif Pendant cette période du centenaire, ils ont néanmoins obtenu la labellisation ‘’Mission centenaire’’ et ils n’ont pas démérité cette labellisation vu les différents évènements qu’ils organisent pour en faire une terre de mémoire pour les générations futures. Si à l’issue de cette année 2018, ils n’obtiennent pas la reconnaissance tant attendue, le sort du site sera remis entre les mains de l’association, de ses membres et adhérents, pour assurer à ce site, un futur digne de son histoire.

A quelques kilomètres de l’îlot, le restaurant Le Tommy, situé à Pozières, en plein cœur de la Somme, vous invite à manger au centre d’un décor à la mémoire des soldats de la Première Guerre Mondiale. En plus de servir notre appétit, le restaurant propose un musée extérieur à visiter. Deux tranchées exclusivement faites à la main, une Allemande, une Britannique et une incroyable collection de reliques et de matériel de la Grande Guerre, le tout créant une mise en scène avec mannequins et abris. Le patron Dominique Zanardi est la bible sur la bataille du village. Gamin, Dominique ramassait du métal de guerre dans les champs boueux par tous les temps. « À l’école, j’étais en dessous de zéro. Nul en anglais. Je passais mon temps dans les champs, avec quatre couches de manteaux car on ramasse le métal l’hiver. » Ce ramassage présentait une véritable économie dans les années 1950-1960 qui lui a permis de s’offrir une moto. Un jour des Anglais lui ont expliqué la bataille de la Somme en l’emmenant dans les cimetières et présenté leurs héros. A partir de ce jour, Dominique consacre son quotidien à ces héros tombés dans son village. Aujourd’hui, il lit et parle l’anglais pour pouvoir accueillir dans son restaurant-musée toutes les familles descendantes de ces soldats. La démesure est dans le jardin avec la reconstitution de tranchées allemandes et anglaises. Le long d’un mur, ce sont des milliers de douilles d’obus qui sont méticuleusement empilés. Des fusils regroupés comme des fétus de paille. Puis des éclats d’obus, rouillés et tranchants, déformés par le temps formant une pyramide d’obus rappelant la mort lorsque ceux-ci tombaient sur les soldats.

Dans la région de la Somme, Chaque cimetière est ordonné en rangées de pierres tombales blanches. Contrairement aux tombes françaises et allemandes, ce sont des rectangles dont les bords supérieurs sont arrondis, et non des croix. Chaque pierre est marquée d'une croix, excepté pour ceux dont on ne connait pas la confession, auquel cas un autre symbole est gravé. Si le mort n'avait pas de religion, aucun symbole religieux n'est gravé sur la pierre. Les pierres sont marquées avec le nom, le rang et les armes de l'unité du soldat. Les cimetières sont généralement entourés d'un petit mur en briques avec une entrée décorative. Certains ont la même sculpture en calcaire appelée la « croix du Sacrifice » qui a été dessinée par Reginald Blomfield. Cette dernière peut avoir une hauteur variant de 4,5 à 9 mètres selon l'importance du cimetière. Si le cimetière contient au moins 1 000 tombes, une « pierre du Souvenir » (Stone of Remembrance) est érigée. L'œuvre de la Commonwealth War Graves Commission (CWGC) est principalement financée par les subventions des gouvernements des six États membres. En 2004-2005, ces subventions s'élevèrent à 38,9 millions de livres. La contribution de chaque pays est proportionnelle au nombre de tombes à entretenir. Les cimetières de la CWGC laissent une place très importante à l'horticulture. À l'origine, cela devait procurer au visiteur et au parent du défunt une atmosphère plus propice au recueillement, contrairement au reste des cimetières d'aspect lugubre. Les architectes ont été aidés dans leur tâche par les Jardins botaniques royaux de Kew pour créer de véritables Jardins du Souvenir. Là où cela est possible, des plantes du lieu pour une harmonie accrue. Les carrés autour des tombes sont plantés d'un mélange de roses floribunda et de plantes vivaces et des variétés plus petites sont plantées devant les tombes pour éviter de cacher les inscriptions et par temps de pluie pour éviter que la terre du sol ne vienne salir la pierre tombale. La Somme regroupe 410 cimetières du Commonwealth, 13 nécropoles allemandes et 20 nécropoles françaises. Plusieurs raisons expliquent qu’il y ait un plus grand nombre de cimetières du Commonwealth que de nécropoles françaises ou allemandes : après 1915, il n’y a pas eu de rapatriement des corps des soldats britanniques. Après la guerre, l’Imperial War Graves Commission décide de maintenir la plupart des petits cimetières créés durant les combats. Chaque Etat donne à chaque homme une tombe individuelle.

Le nom de la Somme reste lié à jamais pour les Britanniques à la bataille qui débuta le 1er juillet 1916 et qui fit en une seule journée 58000 victimes dans leurs rangs (dont 19240 morts). Aujourd'hui, le secteur au nord-est d'Albert, de Beaumont-Hamel à Combles, témoigne de la violence et de la durée de cette bataille en concentrant un nombre impressionnant de "cimetières anglais" comme les appellent toujours les gens de la région.